Il fallut se séparer. Je roulai avec Willaume vers Toul, avec trois quarts d’heure d’avance environ sur nos prévisions. Il était à peine dix heures du matin.

C’est à Toul que nous devions ressentir l’inconvénient d’une avance trop forte sur les heures auxquelles nous avions annoncé notre passage probable. Dans cette ville, en effet, nous devions être attendus par un jeune Parisien de nos amis, excellent cycliste, vainqueur de nombreuses courses, le jeune Marcellin qui faisait à ce moment son service militaire à Toul. Je me faisais une fête de le revoir dans ces circonstances; d’autant plus qu’il devait être pour nous un parfait entraîneur. Excellent garçon, à la physionomie ouverte et agréable, enjoué et fort intelligent, Marcellin devait être aussi pour nous d’une compagnie charmante.

Nous traversons la ville de Toul. Personne. Nous arrivons chez un marchand de vélocipèdes, station toute naturelle pour des cyclistes en train d’accomplir un grand voyage. On y était, en effet, au courant de notre expédition. A peine avons-nous fini d’expliquer l’aventure de notre compagnon Blanquies que déjà des cyclistes arrivent.

—Comment, mais vous êtes affreusement en avance! nous dit-on partout.

—Connaissez-vous Marcellin, demandai-je aussitôt; où est Marcellin?

—Mais Marcellin ne vous attend pas si tôt. Il est à la caserne. On va aller le prévenir.

Nous nous dirigeons vers un café tandis qu’on va prévenir Marcellin.

Dix minutes après, le jeune fantassin accourt. Il est tout souriant, mais il n’en peut revenir de la rapidité de notre marche.

—Bonjour, bonjour, les amis, mais vous allez comme des dératés. Quel malheur! Figurez-vous qu’au mess des sous-officiers on vous avait préparé une superbe réception, tout le monde vous attendait, car nous faisons tous de la bicyclette ici. Enfin le malheur n’est pas grand.

—Et vous venez avec nous, jusqu’où?