—Parler, parler, mais je ne fais que ça. Oh! c’est fini, maintenant, c’est désastreux, je vous le dis; j’en étais sûr, absolument sûr.
—Vous devenez dément, mon garçon; dites-nous, je vous en prie, quelle partie de votre individu vient de se détraquer?
—La partie de mon individu? Ah! oh! hi! vous êtes encore amusant, vous! La partie de mon individu, mais, c’est mon pneumatique qui est crevé. Puisque je vous dis que j’en étais sûr.
Pneumatique crevé! Diable! Voilà qui était sérieux. Un pneu qui crève, c’est une hélice qui se fausse; impossible d’avancer. Blanquies toujours hurlant, toujours tempêtant, poussait sur ses pédales tant qu’il pouvait, dans sa colère, mais c’était du temps perdu. On s’arrêta.
Heureusement, nous n’étions plus qu’à cinq kilomètres de Toul. Je dis à Blanquies:
—Mon ami, nous ne pouvons vous attendre, vous savez quelles sont nos conditions. J’ai un compagnon officiel, Willaume; vous, c’est différent; vous nous suivez en amateur, n’est-ce pas? Nous ne pouvons être retardés de votre fait sans compromettre notre expédition, et sans sortir de notre programme. Mais ne vous désolez pas. Nous allons nous avancer rapidement vers Toul, où un arrêt de quelques minutes vous permettra peut-être de nous rejoindre. Là, un marchand de vélocipèdes réparera le pneumatique, car je ne vous vois pas très bien le réparant vous-même.
A cette réflexion, Blanquies fit entendre un de ses rires prolongés qui cette fois semblait dire: «En effet, vous avez raison, moi réparant un pneu, ce serait bien le spectacle le plus désopilant que tous mes copains de Montmartre eussent jamais été appelés à contempler.»
Je continuai: «Si nous arrivons à Nancy avant vous et que votre pneumatique ne fonctionne pas, Suberbie, qui doit nous y attendre, s’occupera de vous, car vous savez qu’il traîne après lui tout un matériel de guerre.
»Enfin, si vous n’arrivez pas à arranger votre affaire, prenez le train, et rejoignez-nous plus loin, à Strasbourg par exemple.»
Blanquies, saisi d’une noble indignation, s’écrie: «Le train moi, jamais. Et mon Club qui me regarde? Mon Club, mon Club de Montmartre, que dirait-il?»