Puis je retombai dans mon mutisme. Willaume était froidement inquiet.

—Et les autres, lui dis-je, est-ce qu’ils se lèvent, au moins?

—Mais oui, ils doivent être prêts, c’est sûr.

Il fallut sortir de ma torpeur.

Je sonnai le garçon afin de faire retomber sur sa tête l’agacement dans lequel je me trouvais. On eût dit vraiment que je pressentais les mésaventures auxquelles nous étions destinés dès le commencement de cette troisième et néfaste journée.

—Le chocolat est-il prêt? dis-je au garçon dès son arrivée pendant que je passais mes vêtements peu compliqués.

—Oui, monsieur, c’est tout prêt.

—Oui, c’est tout prêt, je la connais, et quand je descendrai, j’attendrai encore vingt-cinq minutes. Ecoutez, vous allez supposer que je suis habillé, que je suis descendu à la salle à manger et que je suis installé devant une table. On n’a plus qu’à me servir. Allez me faire servir. Et vous entendez ce que je vous dis, n’est-ce pas, vous avez entendu? Eh bien! je suis sûr que je poserai encore un quart d’heure avant d’être servi. C’est ce qui m’est arrivé, malgré de semblables recommandations dans tous les hôtels de France, de Navarre et d’Europe où j’ai eu le malheur de me trouver.

Après cette tempête de paroles, le garçon s’esquiva.

Quelques instants après je descendais en compagnie de Willaume. L’attente ne fut pas longue, je dois le reconnaître. La présence de Blanquies, déjà attablé, commença d’ailleurs à agir favorablement sur mes nerfs tendus ce matin-là outre mesure. Blanquies éclatait de rire parce qu’un des garçons écorchait quelques mots français et qu’un autre ne comprenait absolument rien à ce qu’il lui disait.