—Je vous dis que non, reposez-vous, allons, dans une demi-heure, on vous réveillera.
—Mais je veux dîner avant une demi-heure, puisque je n’ai pas sommeil. Je n’ai que la fringale, je ne sens qu’elle.
Mais le gaillard, après m’avoir fait étendre sur un lit, m’avoir frictionné, me rabattait une énorme couverture jusque sous le nez. Puis, cet ouvrage fait, le pauvre Châtel, brisé, alla lui-même se mettre sur son lit, vis-à-vis du mien.
Pendant ce temps, Blanquies remplissait l’hôtel de sa personne. Il continuait à trouver les records une chose singulière. Entrant dans ma chambre, il s’écria en m’apercevant: «Tiens, tiens, et le dîner? Croyez-vous que le cuisinier l’a fabriqué pour le roi de Prusse? Nous sommes en Allemagne, c’est vrai, mais le bifteck est pour nous; attrape ça, ô monarque de mon cœur. Allons, allons, oust, à table, on dîne. Aïe! Aïe!»
—Quoi, qu’y a-t-il? Voilà que vous vous trouvez mal?
—Une pelle, une pelle monumentale. Oui, je me suis étalé au milieu de la route, hier! Je me suis détérioré le genou. Ce n’est rien!
Je fus vite habillé; nous voici déjà à table, tous. Alors, on put parler des aventures.
—Enfin, que vous est-il arrivé? demandai-je à Blanquies.
—Voici, commença mon brave compagnon, sur le ton d’un homme qui en a beaucoup à dire mais qui va régler son histoire en deux temps et... une foule de mouvements.
En arrivant à la sortie d’Oppenau, surprise, on ne vous trouve pas. Alors, je dis: «Pour sûr, il a pris la route de droite...»