—Enfin, dis-je à Chalupa, qu’ils s’expliquent, quoi; ils n’ont rien reçu, que faut-il faire?

—Eh bien, ils disent, déclara timidement Chalupa, que nous passons la frontière et qu’il faut payer, après avoir signé les papiers.

Enfin, on «finit par en finir», comme dit l’autre. On paya. Mais, j’étais dans une fureur noire.

«Quelles brutes! pensai-je; vraiment, c’était bien la peine de faire des démarches auprès de l’ambassadeur. Et je suis sûr, absolument sûr, qu’on s’est occupé de nous, à Vienne; mais allez donc ouvrir l’intelligence de cette troupe d’ahuris.»

Notez que ces douaniers, malgré tout, eussent été dans leur rôle, si effectivement ils n’avaient reçu aucune instruction. Mais, voyez un peu si ma colère était justifiée, et voyez jusqu’où peut réellement aller la sottise administrative de simples employés de douane.

Contrairement à ce qu’on eût pu penser, en voyant leur entêtement, ils avaient parfaitement reçu des instructions, et je l’appris à Vienne, dès le lendemain de notre arrivée. Mais, sans doute, ils n’y avaient rien compris. La lueur dut ensuite se faire dans leurs cerveaux, et ces employés, qui ne voulaient rien entendre, nous adressèrent des excuses lorsqu’une semaine plus tard, nous repassâmes à Braunau avec l’Orient-express. Ils ne purent nous rendre notre argent, à cause de la rapidité du passage du train et des nouvelles fôôôrmalités à remplir, mais ils nous déclarèrent qu’il allait nous être adressé à Paris; ce qui fut fait, trois semaines après notre retour.

Il était neuf heures environ quand on se sépara d’avec Suberbie et Blanquies. Nous allions donc maintenant rouler sur la terre autrichienne! Nous étions quatre: Willaume, Chalupa, Sachman et moi.

Nous allions marcher sur la ville de Lintz, la plus importante avant Vienne. Elle est située à cent dix kilomètres de Braunau. «Nous y arriverons vers deux heures et demie, dis-je à Suberbie. Allez nous attendre là.» Par suite d’un oubli absolument invraisemblable après tout ce qui était arrivé, on omit de se rappeler le nom de l’hôtel où l’on descendrait pour déjeuner. On va voir toutefois que cet oubli n’eut pas de suite fâcheuse, ce qui eût mis le comble au désastre qui était sur le point de nous assaillir.

XIX
LES MENACES DE L’ATMOSPHÈRE

C’est le samedi 28 avril, sixième jour de marche, que nous quittions Braunau, au nombre de quatre, nous dirigeant sur la ville de Lintz.