Nous arrivons dans Haag. Impossible de retrouver le brave Munichois. Où diable ce malheureux garçon avait-il été commander notre déjeuner? Nous opérons la traversée de la ville. Il ne pouvait être ailleurs que dans la grande artère médiane. Nous ne voyons personne. Personne n’a rien vu. Ma foi! nous rentrons dans la ville et nous déjeunons dans le restaurant dont l’aspect nous paraît le plus correct. Crac! nous tombons au siège du Vélo-Club de l’endroit. Pendant le déjeuner, deux cyclistes se présentent. Ils ont été avertis de notre passage par un journal de sport, qui se trouvait du reste sur une des tables du restaurant et qu’ils nous montrent.

Notre repos ne dure pas moins de trois quarts d’heure. Il faut partir.

A peine sur nos machines, voici Sachman qui accourt. Le malheureux! il nous a attendus, mais où, où?

Il déclare avoir laissé sa machine devant un restaurant comme signe de ralliement. Nous n’avons rien vu. Enfin! après tout, rien de cassé! Nous voici réunis, tout est réparé.

Le vent a pris de la force. Le ciel est surchargé. La base des nuées devient d’un gris de plomb et nous sommes à soixante kilomètres de Lintz! En considérant l’aspect du ciel, impossible de s’y méprendre. Pour ma part, je ne me fais plus la moindre illusion et je fais cette déclaration parfaitement nette: «Inutile de compter arriver avant la pluie; pour moi tout espoir est perdu.»

XX
LA DÉROUTE DE LINTZ

On passa le village d’Altheim, à sept kilomètres de Haag. La route continuait à être très accidentée et atrocement surchargée de cailloux pointus. Nous étions en pays montagneux; à droite et à gauche des chaînons s’échelonnaient. Le vent d’ouest de plus en plus fort nous donnait une vigoureuse poussée. Une lueur d’espoir nous revint. La ville de Wels est située à vingt-cinq kilomètres d’Altheim, et à vingt-neuf de Lintz.

Nous avions parcouru dix-huit kilomètres; sept seulement nous séparaient de Wels. Les nuées toutes en limaille se grimpaient les unes sur les autres.

La pluie commença, une pluie extrêmement fine, ténue, une sorte de bruine. J’avertis la troupe de presser l’allure, mais c’était une peine perdue. Je ne me trompais pas à l’aspect du ciel, aussi mauvais que possible. Au début, le mal était léger, tant que la route n’était pas mouillée, on pouvait rouler; quant à nos vêtements, qu’importe! On les sécherait, ou on en changerait à notre arrivée à Lintz.

La pluie augmenta rapidement. Mais, aidés par le vent qui commençait à souffler en tempête, on dévorait le terrain.