—Monsieur, supplia Robert, permettez-moi de vous suivre.

Le marquis sans répondre prit son bras. A mesure qu'ils approchaient, la clameur se faisait plus distincte, tantôt plaintive, tantôt furieuse.

—Vous allez assister à un triste spectacle, soupira-t-il.

Devant la porte de la folle, deux domestiques se tenaient prêts à porter secours. Kercoëth fit entrer Robert. Près de la croisée, dans une confusion de meubles épars, de coussins lacérés, Yvonne debout, les mains tendues au ciel, criait d'une voix déchirante: «Il est là... tout près... je l'entends... je le veux.» Elle saisit à poignée les boucles en désordre sur ses épaules, y crispant ses doigts, reculant jusqu'au milieu de la pièce, ondoyant avec une grâce féline et se ramassant enfin sur elle-même pour bondir vers la fenêtre. Kercoëth devina son intention et l'enlaça. Un instant, elle resta immobile, les yeux fermés. Elle écoutait le silence. Un brusque mouvement la dégagea: les paupières relevées, elle venait d'apercevoir Robert. Elle repoussa son mari.

—C'est Alain, dit-elle. Laissez-moi, monsieur. Il faut que je lui parle.

Le véritable Alain défaillait. La ressemblance qui le harcelait depuis la veille était donc bien frappante, puisqu'elle apparaissait même au pauvre être privé de raison. Yvonne contemplait Robert; coquettement, elle rejeta derrière ses épaules le voile des lourds cheveux.

—Vous lui avez échappé, Alain? conjura-t-elle d'un ton indéfinissable.

—Oui, chuchota Robert aussi ému que le marquis.

—Elle vous poursuivra encore.

—N'ayez pas cette frayeur.