—Tu es le fils de la folle?

—Non, dit Robert avec un soupir. Je te conterai plus tard... Je voudrais voir Blanche.

—Viens.

Ils entrèrent dans la chambre de madame Laffont. Le lit était jonché de fleurs. La morte, dans son dernier sommeil, gardait une expression de douleur poignante. Sur le corps rigide un maigre cierge jetait des lueurs blafardes; près de la table, de l'eau bénite avec un long rameau de buis; à côté, une religieuse lisait. Robert s'agenouilla.

Elle ne lui était pas très douce, la morte; mais elle idolâtrait ses enfants, elle était toujours restée digne de leur respect. Comme on la pleurait, à cette heure où ses légers travers s'oubliaient pour laisser resplendir la pureté de sa vie d'épouse et de mère! Il chassa ces pensées, afin d'éviter un rapprochement trop cruel. Au pied du lit, une ombre noire tranchait sur la blancheur des draps. Blanche, la tête enfouie dans les mains, n'avait pas remarqué sa présence, elle demeurait immobile. Robert se releva. Gaston se pencha vers sa sœur:

—Blanche, il est arrivé.

Lentement, la jeune fille se dressa sur ses pieds, déployant un buste aux formes élancées et sculpturales, montrant son magnifique visage, pâli par les veilles. Robert fit un pas, les mains tendues, le cœur palpitant; puis il s'arrêta. La créature superbe lui apparaissait dans une apothéose de douleur comme une divinité souffrante qu'on ne vénère qu'à genoux. Mais elle l'aperçut, se jeta sur sa poitrine, pendue à son cou, ainsi qu'au temps de l'enfance.

—Mon frère... mon Robert...

Lui baisait ses cheveux et frémissait de la sentir ainsi, tendre, abandonnée et simple.

—Emmène-la, dit Gaston. Elle a tant besoin de repos!