—Justine! appela Benoît. Ote-le! ôte-le! Il tendait les mains, repoussant le vide, chassant on ne savait quoi devant lui.—Tu vois bien qu'il sort du Rhône, ôte-le donc!
—Qui? demanda Blanche.
—Le petit... le petit... là!... je le sens sur mes jambes... il les écrase... C'est M. Laffont qui l'y a posé...
—Mon père! murmura Blanche.
—Justine... le fantôme... je le vois. Il est assis au pied du lit... Justine, mets-toi devant le fantôme.
Les cris montaient, farouches, dans une désespérance tragique. La jeune fille tremblait de tous ses membres; elle aurait fui, sans l'âpre désir d'arracher à cette agonie une étincelle de vérité. Y avait-il quelque chose de commun entre le fantôme et Robert, entre ce remords terrible et la destinée du fils de M. de Kercoëth? Sans savoir, à haute voix, elle se posa cette question:
—Quel crime a commis cet homme?
Le mot glaça la fièvre. Une subite détente rendit à Benoît la perception des choses extérieures. Il se souleva sur son séant, ses bras battirent l'air.
—Un crime? fit-il. Ce n'est pas moi, c'est elle. Et, prenant pour Justine la forme immobile debout à son chevet: Coquine, les galères... tu les mérites plus que moi. C'est toi qui l'as mené ici, qui as caché l'autre, le petit... le petit mort...
Il retomba lourdement. L'effort l'avait achevé, la sueur perlait à ses tempes où les mèches grises des cheveux se collaient par plaques, il râlait. Ses gémissements se fondirent en un souffle bas et saccadé, son regard devint vitreux.