—Croyez-moi, monsieur Laffont: une mère doit être le palladium de sa fille.

Gaston s'incline, légèrement agacé.

—Je vous crois, madame!

De la tête, Constance acquiesce, moins aux paroles de l'une qu'à l'approbation de l'autre. Il pleut à torrents. On sort de la salle à manger, après le déjeuner de midi. Les hommes, bloqués par le temps, gagnent discrètement le fumoir et la salle de billard.

—Vous ne suivez pas ces messieurs? demande à l'ami de Robert celle qui jadis voulut Robert pour gendre et cessa brusquement de le vouloir.

—C'est que...

—Bien, bien, restez.

Madame de Maubryan a constaté le ravage opéré par les jolis yeux de Constance, et, comme elle jetait autrefois sa fille—un peu étourdiment—à la tête de Robert, elle est en passe de recommencer le même exercice pour Gaston. Mais elle ne marche plus à l'aventure. Ses renseignements sont pris. Si Gaston n'a pas de père, au moins lui en connaît-on un dans le passé. Cela vaut mieux que du sang noble et pas d'état civil. D'ailleurs le sang noble en l'an de grâce 1889!... La duchesse établit-elle une différence entre M. Laffont et ses autres invités? Ne fait-elle pas de lui l'intime ami d'Urbain de Martigue, son petit-fils? Les cinq cent mille francs de la terre de la Riveraine brochant sur le tout, il se présente là un parti sérieux. Constance ne se souvient plus de sa première déception; ce caprice d'une saison, la saison suivante l'emporta, volontiers elle tend la main au soupirant: madame de Maubryan rapproche les mains le plus possible.

Ce matin-là, Gaston demeure moins longtemps que d'habitude auprès de la jeune fille.

—Il faut que je m'en aille.