—M. de Kercoëth se cache donc?
—A quel propos se cacherait-il? riposta fièrement Guilmette.
—Je suis allé bien des fois au château, les serviteurs m'ont accueilli poliment, mais on ne m'a jamais permis d'entrer. Aussi puis-je supposer...
—M. de Kercoëth ne se cache pas, n'ayant fait de mal à personne. Il évite le monde, voilà tout, depuis le malheur qui l'a frappé, qui nous a frappés en même temps.
—Son enfant noyé, n'est-ce pas?
—Le petit comte Hugues.
—Pourquoi ce malheur vous a-t-il frappés, vous autres?
—Après le petit comte Hugues, l'Océan a pris mon grand-père et mes sept oncles. De la famille, grand'mère, mon père et moi, nous restons seuls, pas pour longtemps, je pense. Nous y passerons à notre tour. M. Alain a beau défendre, nous irons jusqu'au bout du vœu, le vœu de grand'mère: retrouver le corps du petit comte. Grand-père et mes sept oncles sont morts en le cherchant. Par bonheur l'Océan les a rendus: ils reposent en terre sainte. Il y a encore mon père et moi. Et, désignant le lit où gisait l'aïeule: Elle est trop vieille, maintenant. Et puis, elle a eu à pleurer pour M. Alain, qu'elle a nourri, pour tous les autres; tant de larmes lui ont mangé les yeux. Ce n'est pas fini, puisqu'il y a encore le père et moi.
—Vous? presque une enfant!
—D'abord, je suis très forte; ensuite, je vais à l'Océan surtout quand le temps est beau. Mais, si le père doit mourir aussi, j'irai par tous les temps. Un vœu est un vœu. Il faut peut-être la vie de toute notre famille pour racheter le bonheur de Kercoëth.