Cependant, Guilmette reprenait de l'assurance. Évidemment, ce fantôme n'en était pas un. Elle répondit même à ses observations. Bien qu'elle ne parlât point un français aussi correct que celui de l'aïeule, elle était suffisamment claire et, de son côté, comprenait tout. Elle sortit d'un bahut des vêtements d'homme, les offrit à leur hôte, qui refusa, et fit monter, plus pétillantes, les flammes de l'âtre pour qu'il pût au moins se réchauffer. L'orage, dans le lointain, grondait toujours. Les clameurs de l'Océan se mêlaient aux derniers coups de tonnerre, plainte énorme apaisant quelque gigantesque convulsion de la nature. Et Robert considérait, à côté de l'image de sainte Anne, le portrait près duquel priait tout à l'heure Guilmette.
—C'est le marquis Alain, dit-elle en éteignant le flambeau bénit, le frère de lait de mon père. Il n'habite plus Kercoëth.
—C'est du marquis de Kercoëth que vous parlez?
—De notre maître, oui, monsieur.
—Alors, demanda vivement Robert, vous savez où il est depuis son départ d'Alfort?
Le désir de revoir la folle, la belle et malheureuse créature sauvée un jour par lui, de nouveau le mordait au cœur. Oh! si cette enfant voulait dire... Mais elle remuait la tête, en signe de refus ou d'ignorance. Elle ajouta seulement, à cause de la contrariété peinte sur le visage de l'interlocuteur:
—Grand'mère vous renseignerait mieux que moi. M. Alain lui écrit.
Robert s'approcha de l'aveugle. Elle était immobile, la respiration courte, en proie, sans doute, à des rêves tourmentants.
—Elle dort, dit-il. Je n'ai pas le courage de la réveiller. Je reviendrai.
—Pour rien, peut-être. Elle ne vous connaît pas. Elle ne répond qu'aux gens dont elle est sûre.