—Ah! oui, l'amour de mademoiselle de Maubryan?

—Hein? fit la vieille tante.

—C'est-à-dire l'amour de M. Robert, riposta la châtelaine de Saint-Gaël.

—Permettez! rectifia Léonie. Si Robert aime votre fille, je n'en sais rien; mais je sais par vous que votre fille adore Robert.

Madame de Maubryan toussa. Le coup de boutoir l'étranglait. Quelle maladresse, sa visite du matin! Aussi pouvait-on deviner ce que venaient d'apprendre Gaspard, Edmond et Albin?

—Alors, répliqua-t-elle, vous saurez de plus ceci: ma fille appartient à une famille honorable, ma fille n'est pas faite pour un... anonyme.

—Qu'est-ce que c'est qu'un anonyme? demanda mademoiselle de Gauleins.

Léonie fronça les sourcils. Elle s'était amusée de la brusque invasion inexpliquée de cette femme commandant et décommandant les gendres comme un sleeping car; mais voici qu'on mettait en avant plus que la personnalité de Robert, son état civil; toute envie de rire passa, surtout lorsque madame de Maubryan eut donné à mademoiselle de Gauleins des détails précis. Or, elle y appuyait, l'excellente dame, faisait un agréable mélange d'abus de confiance et d'escroquerie morale, entassait, comme une montagne de forfaits, les visites quotidiennes, les tête-à-tête dans les recoins mystérieux, les sentimentalités cachant d'abominables perfidies. Constance était si candide! On avait résolu de la prendre dans un piège! C'était odieux, infâme...

—Et j'entends qu'on les supprime, ces visites.

—Avec joie, dit la baronne d'un ton de suprême outrage.