—Et j'entends que ce monsieur se supprime lui-même, en disparaissant du pays.
A cette dernière injonction, Léonie se dressa, et, désignant la porte:
—Robert ne me quitte pas. Et moi, je n'ai d'ordres à recevoir de personne. Assez!
Madame de Maubryan sortit, mais avec la dignité d'un dompteur descendant de sa cage à bêtes.
Dès qu'elle eut tourné les talons, la baronne se livra sur les meubles, sur les livres, sur tout ce qu'elle rencontrait, à un joli accès de fureur.
—Là! là! ma belle, disait mademoiselle de Gauleins.
—Ah! ma tante! imaginez-vous une pareille effronterie? Des hobereaux sans le sou! Qu'ils la gardent, leur fille! La leur ai-je demandée? Robert ne l'aime pas...
—Tu es sûre?
L'interrogation tranquille calma subitement Léonie. S'il l'aimait pourtant?
—Moi, vois-tu, reprit la vieille, j'estime beaucoup Robert, je lui porte un intérêt véritable et peut-être l'épouserais-je... si j'avais seulement soixante ans de moins. Parce que je le connais, parce qu'il a sa valeur personnelle. Madame de Maubryan n'est pas obligée de partager nos goûts. Tu recueilles un enfant perdu, c'est ton droit; tu me l'amènes, je le reçois, c'est mon affaire; mais qu'il entre dans une autre famille, sans pouvoir nommer la sienne, dame! je comprends qu'on y regarde à deux fois. Il y a des sentiments—des préjugés, si tu veux—que nous n'avons inventés ni l'une ni l'autre. Madame de Maubryan a été maladroite, mais elle y obéissait, avec quelque mérite, car elle sacrifie à un scrupule sérieux—élevé, somme toute,—des avantages que sa fille retrouvera malaisément. Crois-moi, Robert, né de simples pêcheurs, avait plus de chances d'épouser la petite que le futur héritier de la baronne de Randières, né de parents inconnus.