A mesure que mademoiselle de Gauleins parlait, un abattement profond s'emparait de Léonie. Elle poussa un soupir et demeura longtemps silencieuse.

—Ma tante, dit-elle enfin, cette situation est intolérable. Des humiliations, des chagrins pour Robert? Non, non, je n'en veux pas. Je lui donne la fortune de mon mari parce qu'elle est à moi, je ne puis lui donner son nom. Mais, ma tante, ma bonne tante, si quelque âme dévouée, une personne vénérée de tous... Voyons, ma tante, vous avez été jeune...

—Il y a si longtemps!

—Vous avez aimé.

—Jamais de la vie.

—Enfin, vous pourriez avoir aimé. Supposez-le un moment. Supposez que, par des circonstances extraordinaires, invraisemblables, n'étant pas libre d'épouser, n'étant pas libre non plus de commander à votre cœur... vous...

—Dieu me pardonne! tu me demandes de reconnaître Robert?

Léonie baissa la tête:

—Il porterait noblement votre nom.

—Qui est son père? interrogea mademoiselle de Gauleins. Encore faut-il, puisque tu prétends me faire endosser une de tes fautes...