—«J'ai en elle» il me parle à voix très basse «en elle j'ai l'honneur et la raison de ma vie; je vais être son mari; et je vis une joie certaine, infinie, ainsi qu'une entrée dans le ciel.»
Une joie certaine; infinie; le ciel; son mari; une femme; une joie infinie. Nous marchons, Paul et moi, dans les rues. En face de nous, le boulevard Malesherbes; les arbres; les lumières; les rues désertes; une pâle brise. Je voudrais être là-bas, à la campagne, chez mon père, dans les champs nocturnes seul, seul, oh seul à marcher; si bon il fait, la nuit, parmi les seules campagnes, à aller, un bâton à la main, tout droit, rêvant des choses possibles, en le silence, dans les grandes seules campagnes, sur les profondes routes, si bon il fait, si bon... Nous marchons, Paul et moi, à côté.
—«Vous êtes heureux, mon cher Hénart.»
—«Je vous souhaite quelque chose telle; je vais, tout-à-l'heure, revoir ma bonne future femme; elle m'attend sans en avoir l'air; sa maman se moquerait d'elle. Mais nous voici à Saint-Augustin. Vous remontez l'avenue Portalis?»
—«Oui; il faut que je rentre.»
—«Vous n'avez rien dans le cœur? je parie, au contraire...»
—«Oh, des bêtises. Bonsoir, Paul.»
—«Bonsoir.»
—«Vous viendrez me voir?»
—«Un matin, j'irai vous éveiller, si ce n'est indiscret.»