C’était en mai, les premières tiédeurs embaumaient le ciel.
Le lendemain, pendant la messe, une grande ferveur prit subitement Marcelin. La journée était consacrée à préparer la confession générale ; il fallut récapituler les fautes commises depuis l’âge de raison. Quelques enfants faisaient des listes ; un espiègle vola de ces papiers ; quelques-uns lisaient dans des livres pieux la nomenclature de tous les péchés possibles et notaient d’un signe ceux où ils étaient tombés ; un petit nombre méditait, les plus dévots ; ils s’apercevaient l’âme très noire, avec une confusion d’avouer leurs iniquités, une peur de n’être point absous et de la confiance dans les miséricordes de Dieu et du curé. Tout le monde défila au confessionnal ; le prêtre, ce jour-là, ne donnait que l’attrition, réservant l’absolution à la veille de la communion. Marcelin redoutait de mourir dans la nuit, avant d’avoir reçu, sous sa forme définitive, le sacrement de la pénitence. De plus en plus, son âme s’exaltait ; en dormant, il eut des rêves où s’entrecroisaient les récits, les tableaux, les symboles sacerdotaux.
Le mercredi fut solennel ; eux-mêmes, les plus mutins se recueillaient. Il y eut, avec des hosties non consacrées, une répétition générale de la communion. On ne sortait plus de l’église, du jardin du presbytère, de la cour d’école ; l’église était en préparatifs de fête ; des ouvriers posaient des tentures, des fleurs ; le jardin, la cour verdoyaient sous le soleil. Les enfants passaient ici et là, à travers la jubilation et la pompe. Et le soir, après l’absolution donnée, ils rentraient le cœur et les sens remplis de l’attente du lendemain.
Le grand jour arriva. On mit au communiant son premier long pantalon ; un cierge à la main, il s’achemina gravement, à pied, du château vers l’église. Les enfants furent placés, en deux groupes séparés, les filles à gauche, les garçons à droite ; le curé circulait entre eux. Avant la messe on chanta des cantiques, pendant que la foule entrait ; puis, l’office commença.
Ce fut, dans l’âme de Marcelin, une brume. Comme ses camarades, il se levait, s’asseyait, s’agenouillait ; il entendait et voyait sans discerner ; et les cérémonies se déroulaient devant lui, lointaines cet imprécises. L’unique sentiment du sacrement prochain subsistait, et cela ondoyait dans sa tête ; un flux d’extase montait, en un parfait acquiescement de foi, d’espérance et d’adoration.
La voix bien connue du curé parlait :
— Le moment est venu…
Debout sur les marches du chœur, devant les enfants, le curé, en son étole blanche, parlait et l’émotion faisait trembler ses paroles. L’enfant entr’apercevait des idées formidables… Le péché originel effacé… la rédemption… la loi du monde remplacée par la loi divine… Et, peu à peu, il comprenait que Jésus-Christ c’était l’exemple et que son corps c’était le gage, et que son sang était le symbole… exemple, gage, symbole du renoncement, du sacrifice et de l’holocauste… et que Dieu s’était incarné pour enseigner jusqu’où il était bien d’aimer, — tandis que la voix du prêtre répétait :
— Corpus meum, quod pro vobis datur… mon corps, que je donne pour vous !
On s’était levé ; lentement, on se mettait en marche vers la nappe blanche, au pied de l’autel, en un long défilé. L’enfant, comme en une minute suprême, s’hallucinait de prendre sa part de sa rédemption ; il murmurait intérieurement, mais précipitamment, dans un affolement de reconnaissance éblouie :