Maintenant, Marcelin s’arrêtait des heures à regarder couler l’eau, à considérer les arbres ; il délaissait sa vieille amie, la gouvernante du curé. A la moisson, il suivait de loin les ouvriers ; une fois il se mêla aux groupes et revint avec les lourdes voitures chargées ; il soupa chez le fermier, gaîment ; il rêva de recommencer et ne put le faire.
A la fin de l’hiver, le vieux prêtre tomba malade ; une semaine plus tard, il mourut. Marcelin eut un grand désespoir et toute l’année il lui resta de la tristesse.
Son père résolut de le garder, de continuer seul son éducation pendant un an ou deux.
Il grandissait. Un sérieux, une application précoce se manifestaient ; mais il se portait bien, était vigoureux. Il n’avait plus de camarade ; ses récréations étaient des promenades indéfinies dans le parc, seul souvent, quelquefois avec un dog, quelquefois avec le père Homo qui lui expliquait les essences des arbres, les mœurs des oiseaux.
Aux fêtes de Pâques, il vint à Paris pour la première fois. Il était allé plusieurs fois au chef-lieu de canton en compagnie du père Homo, deux fois à Évreux. Dès son arrivée à la gare Saint-Lazare, il resta muet de saisissement ; tout lui apparut énorme ; il traversa la place du Havre, ébloui, étourdi, enivré ; la hauteur des maisons l’écrasait ; la foule tourbillonnait autour de lui. C’était un pays de géants, un pays de féerie, immense, tout en clarté, tout en bruit, tout en mouvement, le monde d’une vie supérieure, surnaturelle.
Rentré à Saint-Paulin, l’impression ne s’effaçait pas de son souvenir ; il demanda à son père, comme récompense de son travail, de le conduire de nouveau à Paris. A chaque voyage, l’effarement le reprenait.