— Pulchra es, amica mea, suavis et decora, sicut Jerusalem… Tu es belle, mon amie, suave et noble, ainsi que Jérusalem…
Et la voix reprenait :
— Revertere, Sulamitis, revertere, revertere… Reviens, ô Sulamite, reviens, reviens…
Il chantait, en s’accompagnant de longs accords, et redisait les paroles du livre saint :
— Revertere, revertere… Reviens, ô bien-aimée, reviens…
Il se laissait aller à l’improvisation, mêlant, sous le coup d’émotion qui le prenait, les réminiscences de musiques connues.
Tout à coup, il entendit la pendule sonner deux heures. Il s’arrêta, referma le piano, marcha quelques pas dans la chambre et revint s’asseoir dans un fauteuil.
Il se disait qu’il était beau ce rêve de sa seizième année, lorsqu’un moment il avait cru que la vocation l’appelait vers l’apostolat. L’idée, en ce temps-là, ne s’était-elle pas précisée à ce point qu’il avait pu l’envisager avec toutes ses conséquences pratiques ? Il avait pu songer à entrer dans un séminaire, à prendre la robe du prêtre, peut-être celle du moine… Quelle époque de pur enthousiasme ! Quelle floraison de foi !
Tous les souvenirs anciens lui apparaissaient, comme au dernier automne, lorsqu’il s’était confié à son ami Henri Courtois. Et ils s’auréolaient dans son esprit :
— Que cela a été beau ! que cela a été beau ! répétait-il.