— Poète !
— Messieurs, messieurs, laissons-le.
— Soit !
— Mais sache, ami, qu’une chose vaut mieux qu’un vers de Lamartine, c’est un verre de vin.
— Les nuages manquent de femmes.
— La retraite, c’est immoral.
— Les dieux ont chanté le plaisir.
— Tu y viendras, mon cher ; tu te souviendras que nous nous amusons ; tu regretteras d’être demeuré ; les bois, la mer, le ciel bleu ne te diront plus rien ; tu désireras à ton tour. L’amour, les joies, les folies, les baisers, les vins qui saoulent, les fleurs, les fruits, les fêtes, les fandangos, les vertiges, les nuits blanches, les nuits rouges, les nuits pâles, les festins de champagne et de gorges moites, toutes les jouissances de vivre et de vivre encore et de vivre davantage et toujours, c’est pareillement, encore et toujours, le triomphe de la vie ; et c’est la vie, aussi, que l’orgie et que la nuit la plus nuptiale, que le dur travail et que l’or ruisselant, et toutes poussées de l’instinct, de la chair et de l’esprit ; le désir qui se veut satisfait, c’est la nature qui ordonne ; le péché qui allicie, c’est la loi mortelle qui commande. Crois-tu désobéir ? Eh ! mon maître, eh ! cher garçon, eh ! chaste dédaigneux, beau chevalier du Graal, compagnon de la lune, tu y viendras, chez Vénus et chez le Commandeur, tu y viendras… bonsoir !
III
Ses seize ans accomplis, dans sa plus belle adolescence, grand et mince, avec les yeux ouverts, un front de méditation, de mélancolie et d’innocence, il était revenu, par l’été épanoui, au domaine familial que depuis trois ans il n’avait pas revu.