Le premier soir, il parcourut le château. Les couloirs étaient larges, les salles profondes et hautes, avec des tentures de vieille tapisserie, d’épais rideaux, un air de choses passées. Marcelin errait silencieusement.

— Voici le grand salon ; voici la chambre où mourut l’aïeul ; voici la salle où l’on rangeait les armes ; voici la chambre de ta mère…

Grave, son père parlait :

— Marcelin, voici le portrait de ta mère.

A la lueur du soir tombant, dans une pièce grise et pâle, aux murs pâles, aux rideaux gris, il vit, au-dessus d’une ancienne table couverte de marbre, un pastel, une jeune femme, plutôt une jeune fille… Non loin, un lit, à jamais fermé, reposait… Le pastel, très doux, décoloré sans doute par le temps, regardait dans le vague.

Marcelin, en sortant, se retourna vers la jeune fille blanche, si tendre, clouée pour l’éternité sur le mur, dans sa plus pure jeunesse. Le père passait, les regards au dehors.


Marcelin avait sa chambre au-dessus du parc. Il dormit profondément, sans rêves. Le lendemain, il s’éveilla de bonne heure ; il ouvrit la fenêtre ; une pleine clarté de soleil et de rosée éclata ; la lumière entrait de toutes parts, du ciel bleuté, des gazons verts, des arbres ; un murmure bruissait. Dans son cœur un épanouissement se fit. Avec une joie intime et paisible, il allait et venait dans sa chambre, organisant lentement sa toilette, se retournait vers la fenêtre ouverte. Aussitôt habillé, un brusque désir le prit d’aller dehors ; il descendit, sortit et s’évada dans les verdures.

Le parc se déroulait largement ; des pelouses, des taillis, des chemins couverts, des chemins bordés de tilleuls ; puis, la forêt, et, au bas de la forêt, le ravin, sec maintenant, encore ravagé des torrents de l’hiver, avec des clairières caillouteuses, des arbres morts ; et, tout au long, le bois, ici des fourrés, là des futaies. Il marcha, ravi de respirer, de voir, de sentir, heureux d’agir, presque extasié.

L’après-midi, il traversa de nouveau les gazons, la forêt ; puis, il changea de route ; il arriva dans la campagne. Des champs couvraient la côte qui montait du côté du nord ; pâturages et cultures se mêlaient, allaient très loin, dans un silence chaud, vert et harmonieux. Il suivit les serpentements des sentiers ; ce n’était plus son ardeur juvénile du matin, mais un sentiment plus grave ; il s’avançait lentement et son esprit s’élargissait dans les horizons. La ligne noire de la forêt semblait sombre ; la longue crête de la côte formait une ligne lointaine et décisive.