On m’a souvent demandé pourquoi, après, les Lauriers sont coupés, je n’avais pas persévéré dans la voie que j’avais inaugurée. En relisant récemment l’Initiation au péché et à l’amour, j’ai été frappé de voir combien il s’en fallait de peu que certaines scènes de ce roman, et notamment la dernière (pages [218]-[243]), ne soient du monologue intérieur… Et j’ai été bien tenté de faire la très légère retouche qui suffirait. Une volonté plus forte m’en a empêché. Le livre reste tel qu’il a paru en 1898.

Août 1925.

A FRANCIS VIÉLÉ-GRIFFIN

PREMIÈRE PARTIE

I

Ce fut le jour de Noël dans l’église du village, que la mère de Marcelin sentit pour la première fois l’enfant remuer dans son ventre.

Au premier appel des cloches de la messe, la triste châtelaine était sortie ; et, accompagnée d’une femme, elle était allée à pied, à travers la campagne blanche de givre, jusqu’à l’église. Sur la route gelée, entre les rangées des arbres dépouillés, les paysans saluaient la forme noire au visage voilé, aux pas de somnambule. Elle était entrée dans l’église, et, lentement, était venue s’agenouiller dans son banc. Ayant relevé son voile, la future mère, ainsi qu’un enfant, priait ; et sa blanche figure de jeune femme, plutôt de jeune fille, amaigrie et allongée, très blanche, grave, infiniment affligée, restait à demi inclinée vers le sol.

Les gens pénétraient dans l’église, et, derrière elle, les bancs s’emplissaient ; un enfant de chœur allumait les cierges ; l’air, par les vitraux gris, était sombre. Plus forte que la prière, sa tristesse remontait en elle.

Pourquoi la délaissait-il, l’époux qui l’avait choisie et qu’elle avait accepté ? Après si peu de jours, après de si brèves noces, pourquoi l’avait-il quittée ? Était-ce vers des plaisirs anciens qu’il était retourné, l’oubliant dans ce solitaire château de Saint-Paulin d’où toute joie s’était enfuie, apparaissant à de si rares intervalles, la laissant seule et telle qu’une veuve ?