Elle se rappelait le soir nuptial, le clair soir de septembre, et quand, doucement, il avait dégrafé sa belle robe de mariée, et comme elle était tombée pâmée entre ses bras. Puis, dès la semaine suivante, peu à peu, le visage de l’époux s’était fait glacial, indifférent, hostile ; puis, le premier départ, la première absence, et, maintenant, cette éternelle absence.
Ah ! pourquoi avait-elle quitté le couvent de son adolescence, les sœurs, les amies, la vie douce et insoucieuse ? Car elle se sentait mourir, abandonnée, telle qu’une coupable, sans amour, dans l’éclosion même de ses dix-sept ans. Mais, mourante presque, un trouble nouveau était en elle ; sa chair était bouleversée ; son âme tourbillonnait dans l’incertitude, et son pauvre cœur saignait de tant de larmes à cause d’un passé qu’elle ne s’expliquait pas et d’un avenir impossible à discerner.
Et parfois, dans le banc, la jeune femme avait de soudains arrêts de pensée ; elle sentait des malaises subits, des sueurs, des froids. Quand on lui avait dit, il y avait quelques jours, que peut-être elle était enceinte, elle était restée effarée, ne sachant pas, comprenant à peine, ne cherchant pas à savoir. Maintenant, elle demeurait immobile, le regard fixe.
Les cloches sonnaient.
— Seigneur… Seigneur… murmurait-elle.
L’église était à moitié pleine ; le prêtre apparut, suivi d’un enfant de chœur qui portait un bénitier ; et tous deux commencèrent le tour de l’église.
— Asperges me Domine hyssopo et mundabor, lavabis me, et super nivem dealbabor… Vous m’aspergerez, Seigneur ! et mieux que la neige je me blanchirai…
— Miserere met, Deus secundum magnam misericordiam tuam… Ayez pitié de moi, Seigneur, selon votre grande miséricorde.
Une goutte d’eau bénite tomba sur le front de la jeune femme agenouillée.
— Amen, disait l’enfant de chœur.