A ce moment, tandis que le prêtre remontait les trois marches du chœur et, pénétrant entre les stalles, s’avançait vers l’autel, dans l’église muette encore sous le bourdon des cloches, à ce moment où une goutte d’eau bénite tombait sur son front, la jeune femme sentit au fond d’elle-même une sensation extraordinaire. Elle releva brusquement le cou, et sa tête se rejeta en arrière ; sa blanche figure d’enfant meurtri tendue vers le Christ de l’abside, ses maigres mains gantées de noir ouvertes, elle resta une seconde les yeux béants ; puis, brusquement, elle reporta ses doigts sur son ventre, où quelque chose certainement avait remué… Là, dans ses entrailles, quelque chose avait remué, quelque chose avait remué pour la première fois.
Un éclair passa dans son esprit.
— L’enfant !
Et elle défaillit ; sa tête retombait plus blanche encore, les yeux éteints ; ses bras pendaient ; elle s’affaissait, elle s’évanouissait, et son corps coulait sur le banc.
Elle se retrouva dans la sacristie, entourée des gens d’église ; une femme l’avait dégrafée et lui humectait les tempes et la gorge d’eau.
— Quelle eau avez-vous puisée ?
— De l’eau qu’on trouve dans les églises… Dans le bénitier, près de la porte, nous avons puisé l’eau bénite.
Et l’office continuait ; Noël se célébrait ; les hymnes joyeusement chantaient.
— Puer natus est nobis : filius datus est nobis… Un enfant nous est né ; un fils nous est donné.
La faible femme entendait vaguement, dans le mode triomphal des hymnes, qu’il s’agissait de célébrer la souveraine fête… Il nous est né un enfant pour le salut et pour la gloire ; un fils nous est donné, le promis, l’espéré, le tout désiré, l’éternellement attendu.