— Alleluia ! réjouissez-vous ! chantait la foule, et adorez ! un jour très saint a lui pour nous.

La créature le sentait à présent dans son ventre, et elle pleurait, et, dans son âme, elle se réjouissait de s’offrir en sacrifice pour celui qui allait venir.

II

Marcelin Desruyssarts était né, et sa mère le même jour était morte. Le père revint à Saint-Paulin ; taciturne et le front plissé de remords, il déclara qu’il resterait auprès de son fils. Et, dans l’isolement du domaine familial, l’enfant grandit.


Il n’avait guère de petits camarades ; les petits paysans du bourg, les fils du percepteur, du médecin, étaient une compagnie que le père n’encourageait point ; et il ne fréquentait point chez les châtelains des environs.

Quelquefois l’enfant s’arrêtait à regarder, sur la route, les gamins qui jouaient aux barres, aux billes ; il s’approchait, un peu timidement ; alors les autres se sentaient moins à l’aise, ne lui proposaient pas d’entrer dans leurs parties, il s’asseyait sur un talus, à égrener des herbes ou à compter des cailloux.

Dans le parc, plus fréquemment dans le jardin du curé, il construisait des buttes en terre, entreprenait des travaux, s’occupait à suivre des insectes : la vieille gouvernante du prêtre était sa meilleure amie ; elle lui donnait des pommes, des confitures ; il assistait à la cuisine, était heureux si on lui confiait des cueillettes de fruits. Il lisait couramment, apprenait rapidement à écrire, connaissait bien l’histoire sainte.


Un jour l’évêque vint donner la confirmation dans l’église du bourg. C’était une fête très solennelle. Quand Monseigneur entra et traversa l’église, la gouvernante dit tout bas à Marcelin de faire le signe de la croix.