Ils entrèrent. Les violons faisaient rage.
— Vous m’avez dit que vous aimiez la danse, mademoiselle ?
— Je l’adore. Vous aussi ?
— Moi ? j’en raffole.
L’orchestre jouait une sorte d’ouverture ; le monde arrivait rapidement ; ils s’assirent ; on causait, on se pressait, les braves gens se récriaient. Tout à coup, chacun se retourna ; les mariés entraient ; l’orchestre se tut et, une minute après, entama un grand quadrille ; les mariés ouvraient le bal. Amélie dansait parfaitement ; les deux jeunes gens bostonnèrent toutes les danses, polkas, mazurkas, scottischs. On les regardait beaucoup. Ils étaient les seuls à valser des deux sens ; cela excita l’admiration. Georges vint les prévenir que les usages du pays voulaient qu’ils dansassent toujours, ou du moins presque toujours ensemble. Ils eurent un mouvement d’embarras ; mais, au fond, il lui sembla qu’elle s’en applaudissait aussi bien que lui. Ils dansèrent comme des fous ; au bout d’une heure, ils faisaient de la virtuosité ; ils commençaient dès le prélude, entremêlaient des temps de slow-valse qu’ils déchaînaient subitement en pas de boston qui traversaient la salle en trois mesures ; ils passaient à gauche, à droite ; ils vaguaient d’inspiration. Il la tenait de près ; cela était nécessaire d’ailleurs ; et il s’enchantait, et tous deux s’enchantaient dans cet emportement cadencé. On eût dit qu’il la portait entre ses bras, si légère qu’elle frôlait à peine le plancher. Et, peu à peu, elle se donnait davantage, avec un plaisir qui semblait grandissant, liée plus étroitement, plus intimement en quelque sorte, à son cavalier.
— Vous êtes un danseur admirable ; c’est délicieux de valser avec vous, lui dit-elle à l’oreille.
Et une fois encore, il rencontra ses grands yeux devenus profonds qui le regardaient.
Un moment où ils se reposaient, le cousin Paul Desruyssarts s’approcha avec mademoiselle Blanche, sa demoiselle d’honneur.
— Venez faire une promenade dehors.
— Comment ?