— Croiriez-vous, monsieur Desruyssarts ? ma fille vient de se promener dans la campagne avec votre pupille !
Le jeune homme entendit son tuteur qui répondait en riant :
— Marcelin ? oh ! madame, vous pourriez lui confier mademoiselle votre fille. Vous n’avez rien à craindre.
Il se sentit rougir et s’éloigna. Il chercha Paul ; celui-ci n’était pas rentré. Il n’osait pas retourner auprès d’Amélie ; il l’aperçut au buffet, avec sa mère. Il tira sa montre ; minuit allait sonner. Il allait à travers le bal ; le fumoir était désert ; il s’installa dans un fauteuil et se mit à fumer des cigarettes. Il reconnut qu’il était tout ennuyé, triste, presque morose. Pourquoi ? Elle devait se moquer de lui. Pourquoi ? Il n’avait rien à se reprocher. L’idée lui vint qu’il aurait dû avoir des assiduités auprès de cette petite Blanche qui était gentille. Mais Paul et elle, que faisaient-ils dehors ? N’allaient-ils pas rentrer ? Il était navré ; s’il avait osé, il serait parti. Son tuteur l’aperçut.
— Eh bien, mon petit Marcelin, que diable fais-tu ? Veux-tu bien aller inviter ta demoiselle d’honneur ?
— Vous avez raison, mon cousin.
D’un effort il se leva. Elle l’accueillit aussi gracieusement que jamais. Il se dit qu’il était fou de se faire des idées. Et ils se remirent à danser. Elle était toujours aussi charmante ; il reprit contenance. Ils dansaient pourtant plus sagement. Ils parlaient de choses et d’autres. Il invita quelques autres jeunes filles ; une fois il aperçut Amélie qui dansait avec Paul. Il était donc revenu ? Amélie était rouge. Que lui disait-il ? Marcelin se sentit furieux. Il chercha Blanche ; elle prenait des glaces ; elle refusa de danser ; elle était fatiguée ; il regardait sa petite figure pâlotte aux yeux cernés. Il savait qu’elle dansait mal ; mais son refus l’exaspéra.
A ce moment, l’autre lui fit signe ; elle partait.
— Encore cette valse ?
— Maman m’attend. A demain.