— Je vous demande pardon, monsieur, auriez-vous l’obligeance de me donner cet horaire ?

Un indicateur était là ; Marcelin le donna. Elle ouvrit, chercha ; elle tournait les pages les unes sur les autres. Il se demandait s’il ne devait pas intervenir. Ce fut elle encore qui prit la parole.

— Oh ! monsieur… je suis vraiment confuse… je n’ai jamais pu me reconnaître dans un horaire. Je vais demain à Anvers, et je ne sais où trouver les heures…

— Si vous me permettez, madame.

La chose était faite ; ce n’était pas une plus grande difficulté d’enlever un cœur de dix-neuf ans…

Une demi-heure après, ils sortaient ensemble de l’hôtel. De conserve, ils suivirent le boulevard d’Anspach ; ils parlaient de choses indifférentes. Chemin faisant, elle avoua qu’elle n’avait aucune occupation de l’après-midi ; elle accepta une promenade au Bois de la Cambre ; on monta en voiture.

Elle conta qu’elle était artiste : l’avant-dernier hiver, elle avait chanté à la Scala, à Paris ; cet hiver-ci, elle avait été engagée à Bruxelles, elle interprétait les demi-caractères à l’Alcazar ; son engagement venait de finir ; on lui faisait des offres à Anvers ; elle irait voir, le lendemain ; elle aurait préféré retourner à Paris ; elle se résignerait ; on fait ce qu’on peut, on ne fait pas ce qu’on veut.

Pendant ces propos, et tandis que la voiture atteignait les premières verdures, Marcelin commençait à se monter la tête. Elle n’avait point l’air provincial ; sa tenue restait marquée de quelque chic ; elle parlait gentiment ; une jolie crânerie brillait dans ses yeux ; la peau était très blanche, soyeuse, les cheveux plutôt bruns ; sa toilette, encore que simple, indiquait un bon faiseur ; il remarqua qu’elle était exquisément parfumée. Il tenait sa main finement gantée de noir, et l’écoutait un peu vaguement, en la considérant ; elle se laissait considérer et continuait ses petits discours. Entre temps, elle demandait à son nouvel ami ce qu’il faisait, par de petites questions, comme par hasard, ne poussant pas, s’arrêtant à l’essentiel, reprenant aussitôt son histoire. En revenant du Bois, ils étaient de vieilles connaissances.

Elle n’accepta pas à dîner ; mais il fut convenu qu’ils iraient ensemble, et avec l’ami de Marcelin, au théâtre du Parc ; Marcelin offrit des fleurs ; ils se quittèrent à l’hôtel.

Charles rentrait ; il se moqua de Marcelin et lui déclara qu’il était tombé entre les mains d’une simple cocotte.