Il avait eu un mot qui fit rire indéfiniment son ami Charles.

— Elle ne viendra pas, lui disait celui-ci la veille du fameux dimanche.

— Elle ne peut pas ne pas venir, répondit-il. Ce serait trop mal…


Une quinzaine plus tard, il écrivait dans son petit livre de pensées le menu poème en prose suivant :

« Saviez-vous, Hélène, quelle que vous fussiez, que j’étais prêt à vous aimer, que tout était mûr dans mon cœur pour vous y recevoir, et que je vous aurais aimée ?

» Vous m’avez joué, très ordinairement. Vous n’avez pas entrevu la vie qui vous était offerte ; ou bien, avez-vous préféré la joyeuse bohème accoutumée ? Pauvre, qui n’aurez pas essayé !

» Mon âme, toute de tendresse, mon âme de printemps et aux neuves sèves, si vous l’aviez eue, cette âme que nulle femme n’eut encore et qui vous était promise, ô folle compagne d’un soir !

» Vous ai-je, vous aurai-je aimée ? Votre pensée a habité mon esprit ; votre espérance me donna maint enthousiasme ; votre trahison, quelle douleur ! mais déjà le temps passe et vous emporte. Et vous vous effacerez.

» Et il me restera ceci, que la première m’aura trompé, et que j’aurai connu les angoisses avant les joies. Et puis, je sais que vous n’étiez qu’une vaine et falote image, et qu’il est bon que je vous néglige.