Vers cette époque, Marcelin Desruyssarts entra en relations avec les Delannoy, des cousins du côté de sa mère, avec qui son père s’était brouillé. Ils s’étaient mis autrefois dans l’industrie et y avaient gagné de l’argent ; depuis quelques années, ils avaient quitté les affaires et habitaient une maison de campagne à Ville-d’Avray. Ils avaient trois filles, les deux aînées mariées en province, la cadette Paule, pas encore mariée quoique ayant vingt-six ans sonnés. Marcelin la jugea difficile à caser ; elle avait ces façons à la fois trop libres et pincées des jeunes filles qui prennent de l’âge. Toute la famille, d’ailleurs, avait acquis dans le commerce une facilité de plaisanteries un peu ordinaires et une morgue qui éclatait à l’improviste en les circonstances où on l’attendait le moins. En outre, la cousine Paule avait introduit dans la maison un usage d’engouements ; telles personnes devenaient des amis dont on ne pouvait plus se passer, qu’on voyait tous les jours, pour qui l’on n’avait plus de secrets ; puis, subitement, on se brouillait, et c’était le tour à d’autres. Marcelin assista, en arrivant, à l’épilogue d’une amitié avec la famille d’un officier d’artillerie ; il n’y avait point de sottises qu’on ne leur fît, jusqu’au jour où, abasourdis, ils renoncèrent à venir. En même temps commençaient des relations avec les Rigout, des bijoutiers du Palais-Royal, qui avaient loué tout proche une villa.
La première fois que Marcelin rencontra les Rigout chez ses cousins, madame Delannoy le prévint :
— Je vais te faire faire connaissance, mon petit Marcelin (elle s’était mise à le tutoyer tout aussitôt), avec un jeune homme qui te sera un excellent camarade ; nous l’appelons par son petit nom, Gustave ; il a à peu près ton âge ; il est très gentil, tu verras. Il a une sœur, que nous aimons beaucoup, un peu plus jeune… Mais les voilà.
Marcelin assista à des embrassades, des cris de joie, des effusions.
On le présenta.
Gustave lui tendit les mains :
— Trop heureux, monsieur…
La sœur, en lui tendant la main, imita son frère :
— Trop heureuse, monsieur…