Il s’attendrissait : elle était jolie, elle était bonne fille, elle était charmante ; pourquoi ne l’aimerait-il pas ? Et l’idée lui venait de lui dire la vérité, que c’était elle qui avait l’étrenne de sa chambre de jeune homme ; que, si elle voulait l’aimer un peu, il serait bien heureux de l’aimer ; qu’il avait beaucoup désiré, beaucoup cherché quelque maîtresse, et qu’elle était délicieuse ; et, ces choses, il prenait la résolution de les lui dire. Elle avait retiré ses souliers, ses bas ; d’un coup, le pantalon tomba et vola sur le divan, et, comme il se levait pour la prendre dans ses bras, elle était déjà, en courant à petits pas de toute sa vitesse, gentiment, dans le lit.
— Oh ! que c’est froid !
Il courut à son tour baiser ses yeux ; trois minutes plus tard, il était près d’elle. Il se sentait d’extraordinaires ardeurs, à n’être assouvies de rien, à durer éternellement ; il l’embrassait éperdument, lui disait de folles paroles ; elle répondait doucement ; il avait à peine sa raison ; chaque point du corps féminin lui donnait des transports ; ses mains et ses lèvres couraient dans une fièvre sur la jolie chair ; ils s’enlacèrent et il fut au ciel.
Il ne se sentit point désenchanté, mais calmé seulement ; elle souriait. Il était dans un alanguissement bien heureux ; il n’avait plus aucune parole ; il demeurait comme dans un flot tranquille où il aurait nagé sans mouvements. Elle causa un peu ; il la laissait dire, et il se reprenait à l’embrasser.
— Quel âge as-tu ? demanda-t-elle… Dix-neuf ans ?… Ça se voit.
Elle raconta encore quelques histoires, des épisodes de sa vie ; et ils s’endormirent.
Le matin, Jean leur apporta le chocolat et des brioches. Blanche l’admira beaucoup. A dix heures, elle partit. Marcelin fut princier.
— Tu viendras me voir… ou bien écris-moi… D’ailleurs, je suis presque tous les soirs aux Nouveautés.
Ce fut alors une fureur ; pendant six mois il roula aux hasards de toutes les rencontres.