Au commencement, il croyait pouvoir continuer ses courses, ses visites ; la fatigue aggrava horriblement le mal ; il ne voulait pas avouer aux amis ; il dut en arriver là. Pendant trois semaines, il souffrit cruellement ; Jean fut sur les dents ; c’étaient des grands bains, des tisanes, un régime spécial. Enfin, il y eut un peu de mieux ; les souffrances diminuèrent, puis cessèrent ; le médecin pourtant le supplia de ne pas sortir trop tôt.

Le jour du mariage d’Amélie était venu. Il voulut aller à l’église. Il se traînait. Le mal l’empêchait de penser à cette pauvre mariée, celle qu’il aurait pu avoir, lui ! Ah ! il s’agissait bien de cela aujourd’hui !

Elle, elle était jolie en mariée.

Il se dit qu’il aurait dû n’y pas aller… Et cette abominable maladie qui lui coupait, lui brisait la vie !…

Louise lui écrivit une fois pour lui demander de ses nouvelles. C’était trop fort. Il ne répondit pas.


— J’étais guéri, mon cher ; au moins, je me croyais guéri. J’ai accepté de faire le réveillon chez la maîtresse de Crémone l’aîné. Comme un niais, j’ai mangé des truffes, j’ai bu du champagne. Me voici rechuté. Il faut que je passe un mois dans le calme le plus austère, à ne pas sortir, à ne voir personne ; je ferai de la métaphysique. Que diable, je veux en finir.

Le lamentable premier janvier ! Il y avait de la neige sur les toits ; le square, sous les fenêtres, dormait dans le blanc… C’était le jour délicieux des petites visites, des cadeaux qui éclairent les visages, des vieilles poignées de mains, des gros baisers et des marrons glacés… Les marrons glacés, ça lui était défendu, comme les gros baisers.

Charles trouva pourtant qu’il exagérait.