— A défaut de Mlle Peyrolles, offrez mes souvenirs à Mlle Wimereux, quand vous serez à Montaigut.

Alors, obéissant à une sorte d’impulsion irraisonnée, Jude reprit :

— Que vous est-il arrivé pour que vous en soyez là ?

Mais Pontillac était déjà loin : sans doute il ne s’était pas soucié d’entendre la question. Jude ne put que le suivre des yeux. Pour les gamins qui étaient là, pour les passants quelconques, c’était toujours le docteur Pontillac, c’est-à-dire le médecin rencontré tous les jours, car il avait repris sa marche habituelle, son air de flânerie, et encore cette façon ecclésiastique de pencher la tête en souriant ; pour Jude, ce n’était plus qu’un cœur désenchanté dérobant son mystère — une tragédie peut-être — sous un cœur de façade. Étrange révélation d’une vie enfouie en quelque sorte dans les profondeurs de la vie ! Sait-on jamais, en effet, quelle âme s’abrite derrière l’âme qu’on voit ? Il fit un geste de lassitude :

— Sais-je seulement si je connais la mienne ?

Et désorienté, il se levait pour reprendre sa promenade quand un homme surgit à côté de lui :

— Enfin ! Monsieur, je vous retrouve !

— Qu’est-ce encore ? A-t-on volé mes fleurs à Montaigut ?

C’était Jean, le cocher de Mlle Peyrolles.

— Il s’agit bien de cela ! Vite, venez ! Mademoiselle vous attend !…