— Les Pyrénées, c’est vrai… répéta Marc.
Radieuses, elles escaladaient le ciel. Isolé vers la gauche, le Canigou se détachait au milieu des terres, tel un gros chapeau jeté là par un pic désireux de chauffer sa tête à l’aise. Et tous ces monts, comme la plaine, paraissaient uniquement occupés de surveiller cette petite chose roulante qui s’en allait sur une route, emportant Mlle Peyrolles et Marc vers l’inconnu. De même, les arbres, les buissons, les fermes, et encore les deux carrés blancs des tours de l’église qui planaient au-dessus de Revel pareils à des cerfs-volants, tous les yeux immobiles de la terre avaient l’air de les suivre, si bien que, gênés à leur tour, ils se décidèrent, osant enfin s’examiner.
Une surprise…
Jusqu’alors, ils ne s’étaient point vus ; ils ne connaissaient que leurs voix. Combien différents de leur attente, les visages qu’ils aperçurent !
Marc était le portrait de son père : même taille, même façon de pencher le buste en avant, presque mêmes gestes, bien que chez lui le modelé des chairs fût plus affiné, la bouche plus sérieuse ; son front énergique devait aussi parfois s’éclairer d’ironie.
De même, quel rapport entre l’élan qui avait jeté Mlle Peyrolles dans les bras de Marc, et ce masque impérieux de vieille fille que l’on devinait alternativement dévoré par une obstination têtue et des volontés orgueilleuses ?
Ainsi rappelé à la réalité, Marc eut l’intuition qu’il profitait d’un attendrissement passager. Sa loyauté se révolta :
— Ma tante… commença-t-il.
Mlle Peyrolles frémit : pour la première fois, elle venait de se rendre compte également qu’il avait le son de voix du mort.
— Ma tante, avant tout, voulez-vous me permettre de vous expliquer…