Ce fut Mlle Peyrolles qui le prononça, ce mot, indifférent, banal, ainsi qu’ils viennent aux lèvres lorsque le cœur est trop plein.
— Quelle triste récolte !
— Est-elle donc si mauvaise ? répliqua Marc machinalement.
— Comment, ne le vois-tu pas ? tout est brûlé.
— J’ai si peu l’habitude !
Et tous deux se mirent à contempler la plaine.
Elle s’étalait à l’infini, piétinée çà et là par des régiments de maïs qui, la tête casquée de crinières flottantes, semblaient attendre l’ordre de marche ; d’autres fois, envahie par la lèpre des chaumes, pareille à un immense étang dont l’eau croupie se décompose. Elle s’étalait, impassible, palpitant d’une vie formidable et cachée, et de la sentir ainsi proche, d’être noyés dans sa paix, ils éprouvaient un soulagement. Ils l’auraient voulue toujours présente, invisible témoin dont l’intrusion suffisait à excuser leur silence.
Brusquement, par delà le hérissement de peupliers maigres qui jalonnaient le fossé, des cimes se découpèrent sur l’horizon de lumière.
Mlle Peyrolles reprit :
— Les Pyrénées… signe de vent d’autan.