Mlle Peyrolles dit :

— Il vaut mieux rentrer tout de suite chez nous.

Marc inclina la tête.

— En effet, cela vaut mieux.

Et ce fut le départ. Désormais, ils marchaient vers le but assigné. L’ignorance met à l’entrée des voies douloureuses le même décor qu’aux triomphales. Aucun pressentiment n’assombrissait le présent : en revanche, la surprise d’être là face à face les bouleversait et, libres de s’épancher à loisir, ils n’avaient plus qu’un désir : rester ainsi et se taire.


Il y eut d’abord un long silence.

Mlle Peyrolles se demandait : « Est-ce bien moi qui tout à l’heure ai passé là ? » Elle revoyait son arrivée à l’hôtel, le coup reçu au cœur quand M. Fages avait répondu : « Le voyageur du 9 ? Justement il vient de demander l’adresse de l’usine Servin » — comme si Marc pouvait connaître ce Jude Servin ! — puis l’attente… Ah ! l’attente ! avoir encore le cerveau tenaillé, n’être plus que de la chair qu’un effleurement déchire et ignorer si l’on vit, tant l’âme est projetée vers ce qui n’est pas !… Soudain, plus d’angoisse, un repos infiniment doux. Marc était là : elle pouvait le voir, lui parler. Pourtant, elle détournait les yeux, préférait prendre à témoin la campagne, de peur qu’au seul bruit de la voix tant de bonheur s’évanouît !

Et Marc aussi regardait les champs…

Il était venu à tout hasard, sans espoir, parce que dans certains cas, la nécessité impose sa loi et l’impossible doit être tenté ; il était venu, et jugeant de l’avenir par le passé, s’était attendu à une entrevue douloureuse. Devant cet accueil, devenu timide, il s’interrogeait : « Que faut-il dire ? » et s’imaginant vivre un rêve, avait peur de s’éveiller au premier mot.