Autour d’eux maintenant régnait un calme profond. On aurait dit que pareille à Marc la maison entière se penchait pour entendre. Seul un essaim de mouches bourdonnait dans la pénombre. Impassible, le battant marquait la mesure à l’horloge du chalet suisse.

— Écoute-moi…

En même temps les yeux de Mlle Peyrolles s’abaissèrent, une pâleur mate envahit son visage ; sa voix s’altéra.

— Souvent tu as dû me juger avec sévérité. En ce moment, tu dois te demander comment, si je t’aimais, j’ai pu t’abandonner ; crois bien que, s’il y eut de ma faute, j’ai subi aussi des nécessités indépendantes de mon désir. T’expliquer cela d’ailleurs serait très long, pénible, inutile… La vérité, la seule qui importe est que pas un jour je n’ai cessé de penser à toi. Quand par ta volonté une coupure s’est faite entre nous, il m’a semblé que tu mourais. J’ai cru devenir folle. J’aurais voulu aller te prendre, te convaincre, t’obliger à me demander pardon. Tu es là… te voici… Dieu merci ! le cauchemar est terminé. Mais tout à l’heure, tu as voulu me dire ce qui t’amène : j’ai refusé, je refuse encore. Il y a dix ans que j’espère cette heure. Je ne veux pas, non, je ne veux pas la gâter…

Accoudé lui aussi, Marc avait écouté sans l’interrompre. Il répondit doucement :

— Vous ne pouvez soupçonner le bonheur que me donne votre accueil. Depuis que je suis ici, j’ai l’impression d’être enveloppé, baigné par une tendresse qui s’échappe des murailles, des meubles, de ce qui m’entoure. Je me demande si je vis. Une joie sourde m’étouffe. J’ai peur de ne pouvoir vous montrer ma reconnaissance…

Les yeux de Mlle Peyrolles brillèrent :

— Prouve-la-moi en me parlant à cœur ouvert.

— De quoi ?

— De tout.