Et une discussion qui traîne ; on compare les régimes, l’hygiène d’hier et les prescriptions à la mode. Enfin le dessert est achevé. Le café chante.
— Cela suffit, dit Mlle Peyrolles que la lenteur calculée de Dorothée exaspère : tu peux t’en aller.
Dorothée fait un dernier tour de table. Ne faut-il pas vérifier si rien ne manque, ni cuillers, ni sucrier, ni verres à liqueur ?
— Si Mademoiselle a besoin de moi, elle sonnera.
— C’est cela. Que personne surtout ne vienne nous déranger !
— Soyez tranquille : du moment que Mademoiselle est occupée…
La porte retombe ; le tête à tête éperdûment désiré commence. Désormais, plus rien entre eux ; ils peuvent parler ; ils sont seuls.
Alors une anxiété religieuse. Tous deux ont levé la tête et s’examinent. Avant même de parler, leurs lèvres tremblent. Que va leur apporter cet entretien dont ils ne voient plus que les dangers ? Depuis des années, Mlle Peyrolles a désiré cette minute ineffable ; depuis le matin, Marc a découvert un paradis inespéré. Est-ce la désillusion qui doit suivre ou bien leurs âmes déjà rapprochées vont-elles se fondre et à présent détruire dans son creuset tout ce que l’autrefois y accumula de préventions ?
Encore ils se regardent ; vacillant d’inquiétude, leurs yeux semblent chercher à l’entour on ne sait quel soutien miraculeux ; puis brusquement Mlle Peyrolles s’accoude à la table :
— Écoute-moi d’abord…