— Lui !

Un sourire crispa les lèvres de Marc. Mlle Peyrolles reprit, haletante :

— Alors, qu’étaient-ce que ce Bertin, son collège ? Je marche en aveugle… Explique-toi.

Marc se recueillit. Aperçu à distance et soumis au raccourci du temps, ce que voulait connaître Mlle Peyrolles s’éclairait d’une lueur bouffonne et sinistre.

Unique, la maison Bertin ! La discipline ? les classes y alternaient avec des balayages obligatoires, des surveillances à la cuisine et des promenades au marché ; on appelait cela méthode anglo-saxonne. Les élèves ? une collection d’êtres réunissant toutes les tares qui peuvent peser sur l’enfance, celui-ci ayant son père à Thouars, d’autres leur mère inscrite au Gotha du demi-monde, chacun sans parents avouables ou avoués et l’ensemble constituant ce que M. Bertin nommait gravement la clientèle étrangère. Le Directeur, enfin…

— Non, vraiment, murmura Marc, M. Bertin n’était pas ce que vous imaginez. Pour le décrire, je ne trouve pas les mots exacts.

Pourtant, avec quelle netteté il évoquait l’homme ! Il revoyait son crâne chauve, sa face socratique, son ventre ballottant : l’air d’un concierge de bonne maison qui a des accointances avec la police ou d’un proxénète devenu conseiller municipal après fortune faite. Quant à être un bienfaiteur !…

Marc reprit :

— Si M. Bertin m’offrit de rester chez lui, c’est qu’il avait besoin d’un pion discret. Ne tenant à personne, je donnais, à ce point de vue spécial, toutes garanties. Il avait coutume de répéter : « Ce qu’on est seul à savoir, n’existe pas. » En guise de surveillance, j’eus donc pour consigne d’ignorer ; moyennant quoi, j’obtenais la nourriture et le logement. Un pactole quand on n’a rien !

— Encore devais-tu te vêtir ?