— C’est à quoi servaient les répétitions. Pas faciles à trouver, hélas.

Une expression d’orgueil anima le regard de Marc. Ah ! cette chasse où le gibier se dérobe, parce que les titres font défaut, parce que la redingote est usée, parce qu’on manque de relations ou de répondants, comme il la revivait encore avec ses affres journalières ! A elle, il devait son énergie, et aussi l’insouciance du lendemain, un vague fatalisme, l’habitude enfin de n’accueillir le malheur qu’en hôte de passage.

— Non, pas faciles à trouver… Je me rappelle qu’au début, j’allais m’installer sur le trottoir devant un bureau de tabac. Un homme bien mis entrait-il, j’entrais aussi. J’allumais une cigarette, toujours la même, et je passais l’allumoir. Quelquefois, on répondait : « Merci ». C’était un moyen de lier conversation. J’ai trouvé ainsi mes deux premiers élèves.

Mlle Peyrolles dit à voix basse :

— Tu as fait cela !

Elle commençait un voyage féerique. La réalité dépassait toute attente. Elle avait souhaité Marc : il était là. Elle l’avait désiré courageux : elle le découvrait héroïque. Elle l’avait craint déclassé : par droit de conquête, il s’était fait son égal !

Marc termina :

— Après cela, d’ailleurs, tout a marché sans peine. La vie est une drôle de voiture. Le démarrage obtenu, ses roues tournent d’elles-mêmes.

— Dire que tu étais dans la gêne, et que tu m’oubliais !

— Cela valait mieux.