Il se demandait uniquement :

« Quand je rouvrirai les yeux, verrai-je encore la lumière, ou bien cela va-t-il recommencer ? »

Angoisse sans nom : comme après la première crise, il eût souhaité de toute son âme vérifier cela, mais de toute son âme aussi il repoussait l’échéance de cette vérification sans appel. Qui sait même s’il ne serait pas resté ainsi jusqu’au soir, les paupières closes, s’il n’avait senti enfin sur sa main gauche le trottis infime d’un être vivant !…

Ce fut un choc brusque :

— Une fourmi !

Aussitôt il se redressa. Puis sans seulement réfléchir qu’il voyait, sans un regard non plus pour le ciel qui, tel un passant furtif, semblait fuir en rasant les collines, ivre de curiosité, il se pencha vers l’herbe, eut une nouvelle exclamation :

— Des militaires !

Et l’univers, une fois de plus, s’effaça.

C’étaient bien des fourmis qui stationnaient au milieu d’une clairière de terre sèche, en rangs serrés, manifestement anxieuses. Un éclaireur, détaché en avant de la troupe, se dirigeait vers la route de Saint-Félix. Deux messagers approchaient de l’arrière. Rien qu’à inspecter leur allure, M. Lethois avait compris qu’il tombait en pleine guerre : tout de suite, il chercha l’ennemi.

Malgré que la forêt de graminées parût déserte, il fouilla du regard les touffes. Glissant ici sous les branches lourdes, ailleurs profitant de l’ombre, là d’un sentier tracé par l’eau, il allait en quête de forteresse et, à mesure, devant son rêve, ce coin de pré devenait une jungle inextricable, lui-même pareil à un aéronaute.