Enfin, à quinze centimètres environ de la première troupe, une seconde se découvrit, puis une troisième. Ainsi réparties, elles dessinaient une ligne de marche circulaire nettement orientée vers un centre, à l’angle sud de la croix. Des courriers multiples suppléant au télégraphe reliaient ces unités.

Bien que chaque mouvement lui fût douloureux, M. Lethois s’accroupit pour mieux voir.

Tout à coup, d’un orifice masqué par des brindilles, presque au milieu du cercle, quatre fourmis noires sortirent, puis deux autres.

Elles avançaient, la mâchoire ouverte, les antennes dressées, héroïques, décidées à briser l’anneau terrible enfermant la Cité.

M. Lethois ne put s’empêcher de crier :

— Attention, mes enfants !

Mais déjà les corps réunis en pelote s’étaient confondus, s’étreignaient. Une fourmi noire roula, décapitée. De nouvelles accouraient. Puis, brusquement, la bataille s’évanouit ; assiégeants et assiégés s’effacèrent derrière un écran noir : M. Lethois ne vit plus rien…

D’abord il lui sembla qu’il s’enfonçait dans une eau profonde. Il coulait à pic et suffoquait. Ensuite, comme cette chute vertigineuse se prolongeait, il eut la sensation qu’entraîné par le frottement de l’onde, il tournait sur lui-même. Plus il virait, plus l’épouvante lui venait d’un écrasement final, quelque part, quand la chute cesserait ou quand il atteindrait un fond qui ne venait pas…

Cela dura très peu, vingt secondes peut-être ; après quoi, la lumière reparut, tout reprit sa place : le vertige était passé.

Claquant des dents, M. Lethois se redressa et de nouveau contempla l’horizon.