Et il s’assit aussitôt, déplia sa serviette ; grâce à ce qu’il avait dit, il avait conscience d’avoir reconquis une partie de son indépendance.

A pénétrer dans cette pièce, Thérèse au contraire sentit son malaise s’accentuer. Ici point de meubles ou presque : la cheminée servant de desserte, des chaises de paille qui avaient dû traîner longuement de logis en logis avant d’échouer dans celui-ci, la tenture grêlée de salpêtre. Avant tout, l’odeur obsédait, acide et fade.

— Ne faites pas attention à ma vaisselle, dit M. Lethois passant le plat, le contenu vaudra mieux, je l’espère.

Elles aussi, les assiettes étaient dépareillées. De même le ruolz avait noirci. Tous les objets criaient l’abandon, le manque de soin, surtout la gêne — cette gêne des campagnes qui équivaut aux détresses des villes, mais jugée moins redoutable parce qu’on la voit moins.

Subitement Thérèse crut deviner l’énigme cachée sous les réticences de son hôte.

— Eh quoi ! demanda-t-elle décontenancée en voyant que M. Lethois repoussait le plat sans y toucher, serai-je seule à manger ?

M. Lethois, tête basse, fit un geste de lassitude.

— Je vous ai prévenue, je me sens malade.

— C’est donc sérieux ?

— A mon âge, tout peut le devenir.