— J’y ai laissé mon bonheur… et des indifférents.
— Vous ne me ferez pas croire…
La femme de ménage rentrait :
— Qu’attendez-vous pour enlever le couvert ? s’écria M. Lethois, furieux d’être troublé au moment de risquer la demande qui seule lui tenait au cœur. Vous voyez bien que nous restons là !
Mais le charme était rompu. Quand la femme de ménage eut ramené contre son corsage la pile d’assiettes, plongé ses gros doigts dans les verres assemblés et chassé d’un coup de pied la porte entrebâillée pour disparaître ensuite, ni M. Lethois ni Thérèse ne songèrent plus à reprendre le sujet commencé. En revanche, l’air semblait plus lourd, le désordre des choses plus irrémédiable.
— Voici bientôt huit ans que cette femme est à mon service, reprit amèrement M. Lethois, et je compte moins pour elle que la moindre de ses volailles !
Thérèse tressaillit :
— Peut-être jugez-vous trop sur des apparences : tel que l’on accuse d’indifférence, n’a souvent contre lui qu’un manque de manières.
— Ce n’est pas cela : le malheur est d’être seul et vieux garçon.
Un sourire sarcastique crispa les lèvres de M. Lethois ; il leva les yeux au plafond et parut oublier Thérèse.