(Je rappelle pour ceux qui pourraient l’ignorer que la religion généralement adoptée par ces peuplades est la religion des ancêtres. Elle consiste en funérailles et en honneurs divers rendus au lieu spécial où sont déposés les morts.)

5o Enfin la propriété n’est pas garantie et les larves elles-mêmes sont élevées par des fonctionnaires reconnus particulièrement aptes à ce genre de soin[3].

[3] Il existe un sixième caractère spécifique, mais qui est commun à toutes les constitutions formicistes et par suite sans intérêt pour le point de vue spécial dont je m’occupe. J’ai le regret de constater, en effet, que toutes ces intéressantes petites bêtes pratiquent sans exception le communisme et paraissent s’en trouver agréablement. Cette doctrine que réprouvent la morale et le bon sens, serait donc susceptible de s’adapter à des formes de civilisation supérieure. C’est un fait inquiétant.

Ainsi, il apparaît nettement, d’après ce qui précède, qu’un état si voisin de la perfection pourrait se définir par ces courtes sentences :

Il n’y a pas de lois.

Il n’y a pas de religion.

Il n’y a pas de propriété.

C’est un état proprement anarchique, de même que celui résultant de la constitution militaire aboutit à l’autocratie aggravée par les maux dégradants de l’esclavage.

Si hardie que soit ma conclusion, je déduis de ces prémisses que l’anarchie est le terme vers lequel progresseront malheureusement les nations civilisées : je dis, malheureusement, car n’étant pas moi-même père de famille ou propriétaire, je conçois cependant que plusieurs révolutions violentes seront nécessaires pour vaincre les répugnances d’un chacun à résigner des privilèges séculaires. Au surplus, dût mon audace avancer l’heure de ces révolutions, je ne me reconnaîtrais pas le droit de taire un constat scientifique d’une pareille importance.

On objectera : « Comment un homme paisible peut-il admettre que l’ordre soit réalisable sans le secours de cette triple égide : la loi, la religion et la propriété ? Ne voyez-vous pas qu’il suffit d’affaiblir la police pour multiplier le crime ? Qui n’a reconnu l’influence bienfaisante qu’exerce la religion sur les bonnes mœurs ? Le plus ardent désir de ceux qui ne possèdent rien, n’est-il pas enfin d’acquérir, même par des moyens déshonnêtes, le bien qui leur fait défaut ? »