— Évidemment ! depuis ce matin elle marche sans vous et ne s’en trouve pas plus mal ! A bientôt !
La voiture s’éloigna, laissant Jude frappé de stupeur.
Maintenant qu’il comprenait, une colère blanche le secouait contre cet homme qui, mieux informé peut-être que la plupart, avait joué de son anxiété. Puis, sa pensée virant, la joie même de Pontillac lui sembla grosse de présages. Plus de doutes : la grève allait éclater, à moins qu’elle ne fût déjà chose accomplie ; et comme foudroyé, les yeux à l’horizon, Jude recommença d’attendre…
Des minutes passèrent, d’une lenteur douloureuse. La voiture du médecin arrêtée devant la maison de Lethois était restée visible. Autour de Jude, tout se taisait, hormis un essaim de mouches qui bourdonnaient exaspérées.
Soudain, un bruit de foulée, le han d’un être à bout de souffle : un homme arrivant de Montaigut bondit sur la route.
Jude étouffe un cri :
— Lethois !
Était-ce bien Lethois, ce spectre qui galopait avec des yeux fous et des gestes détraqués, allant vers Saint-Julia ? Était-ce lui qui, un peu plus, heurtait Jude, puis reculait, tournait bride et, pareil à une bête chassée, disparaissait ?…
— Lethois ! Pontillac !
Appels vains : déjà le spectre est évanoui. Alors, saisi de pitié, Jude encore appelle :