— Au fait, vous ne vous connaissez que de réputation. Mlle Wimereux, la fille du grand Wimereux… M. Jude Servin, industriel socialiste… vous êtes faits pour vous comprendre et même vous consoler… à tout à l’heure !


L’imprévu est arrivé, très différent de celui que Jude attendait, et tandis que Pontillac s’éloigne, répétant : « A tout à l’heure, je reviendrai… » Thérèse et Jude, interdits, se regardent : un trouble les étreint, si profond qu’ils en oublient Pontillac, Lethois, l’usine et jusqu’au lieu même de cette rencontre inattendue.

II

Ce fut Thérèse qui la première osa se décider :

— Entrez, Monsieur ; puisqu’il n’y a plus qu’à attendre, vous serez mieux au jardin.

— En vérité, je crains d’être indiscret.

— Nullement.

Très calme, Thérèse invitait Jude à la suivre. Il s’inclina et, dirigé par elle, traversa la maison.

Le jardin parut. Prairie ou taillis ? on n’aurait su. Il y avait eu là jadis des allées, à droite aussi des chênes jalonnaient une haie ; mais les allées avaient sombré sous l’invasion des plantes, la haie se confondait avec les branches neuves. Çà et là seulement des passeroses dressant leurs lampions au bout de hampes géométriques mettaient sur ce désordre un air de fête foraine.