Derrière M. Lethois, presque contre son dos, une haie d’aubépine dressait sa muraille verte.

Effaré, M. Lethois réfléchit, se rappela sa nuit et poussa un cri sourd :

— Si je ne meurs pas, je deviens fou…

Fou ! Il se revit la veille au soir, tranquille, les idées nettes, en train d’écrire d’une main alerte cette phrase : « Un lasius niger suivant le tracé rouge… » quand soudain se penchant vers son carnet il n’avait plus aperçu de tracé rouge !

Fou ! il fallait qu’il le fût devenu à cet instant, puisque sachant pertinemment avoir marqué sur son dessin deux traits seulement, l’un rouge et l’autre vert, il en avait découvert quatre, parfaitement distincts et tous les quatre verts !

Alors, terrassé, M. Lethois s’était levé et, la lampe à la main, avait approché de la glace.

— Voyons ! je n’ai pourtant pas la figure d’un aliéné !

Avidement ensuite, il avait cherché son image. Comme son bras tremblait, imprimant des secousses à la lampe, cette image tremblait aussi et restait floue.

D’abord, il n’avait aperçu rien d’extraordinaire. Les yeux qu’il avait vus étaient bien des yeux qu’il connaissait, des yeux de myope proéminents et ternes, à peine rendus brillants par la terreur du moment. Mais voici que peu à peu, à mesure qu’il s’efforçait de les mieux analyser, M. Lethois avait remarqué entre eux une vague dissymétrie. L’écart, au début insaisissable, allait en grandissant. En même temps, M. Lethois éprouvait une difficulté singulière à prolonger son examen. Tout à coup, l’homme qu’il observait avait cessé de regarder droit, il louchait, ensuite ses yeux eux-mêmes se dédoublaient… Vision de cauchemar… Ivre d’horreur, M. Lethois avait soufflé la lampe.

Une furie avait suivi. A demi inconscient, M. Lethois fermait la croisée, arrachait ses vêtements, se blottissait au fond du lit, puis, claquant des dents, la raison en dérive, attendait le jour…