— Peut-on y aller maintenant ?
— Sans vous faire tort, vaudrait mieux attendre que le cogne soit disparu.
— Le cogne ?… Attends.
M. Lethois tenta de se redresser ; mais la douleur l’arrêta. Il retomba, découragé.
— J’oubliais… non… merci.
Et le silence recommença.
M. Lethois songeait à l’atroce aventure où il se débattait : le Pêcheur était déçu d’avoir épuisé ses consolations sans calmer ce chagrin. Le bruit de leurs deux respirations s’entrecroisait dans le grand calme du matin : celle du Pêcheur était puissante et espacée comme des coups de soufflet ; celle de Lethois, menue et saccadée comme un tictac de pendule. Au-dessus de la haie, le ciel s’arrondissait en forme de voûte. L’odeur des feuilles, le frisselis d’ailes quand un moineau passait, tous ces riens, dont se compose la vie de l’air, donnaient à l’heure un charme paisible.
— Comment va-t-elle, ce matin ? reprit soudain le Pêcheur, si bas qu’on l’entendit à peine.
— Qui ?
— Celle qui est chez vous.