Le Pêcheur haussa les épaules :
— Quand on a le feu aux entrailles et la machine vide, les principes, autant dire de la graine de pissenlit. On souffle : il n’y a plus rien.
— Il y a beau temps que j’ai soufflé sur les principes ! repartit M. Lethois avec un rire sec. Il y a aussi des heures où je voudrais faire sauter l’univers avec de la dynamite, tant je le trouve bête et mal construit. On me croit un bourgeois. Je suis un anarchiste.
— Vous m’étonnez, dit le Pêcheur. Moi, au contraire, je trouve utile qu’il y ait des gendarmes. Si j’étais Fallières, j’en augmenterais le nombre : car, enfin, si je n’ai pas de poignon, je profile du moins comme tout le monde des bois, du fossé, de la route… Qu’est-ce que je deviendrai quand tout le monde aura le droit de pêcher ou de braconner ? Faut aussi être juste : l’hiver, qui me loge à la prison ? C’est pas moi, bien sûr, qui va payer la nourriture ! Un chambardement dont je n’ai rien à tirer, zut !
— Tu es conservateur ?
— Je tiens à ce qui est. Ce n’est pas la même chose.
— Si.
— Non.
M. Lethois que ces propos lassaient, résuma dans une formule son mépris universel :
— La vie me dégoûte.